lundi 14, jour de fête Nationale pour un pauvre expat' tout seul dans un village à 13h de la première ville. En guise de fête je me contente d'y penser. Il y a un an c'était à San Salvador, à l'ambassade (cf article), dans la joie. Ici c'est plutôt dans la solitude car je n'ai personne avec qui fêter ça.
Mardi, Luis m'emmène visiter le centre des techniciens à Putina Punco. Ils ont quelques ares où ils font germer des plants de cafés, d'acajou et de cedros pour le boisement d'ombrage au bénéfice des planteurs. Au retour on passe devant une maison où en guise d'animal de compagnie il y a un petit singe en laisse. Il est très drôle et mignon, je lui donne quelques quartiers des mandarines que j'ai cueillies au centre.
Comme Luis est technicien du contrôle qualité, il à un petit labo où il goûte des échantillons de café qu'il prélève dans l'entrepôt (l'almacen). J'ai droit à une excellente tasse de café, frais moulu. C'est acide, doux, rond... il manque juste un peu d'arôme à mon goût (je ne suis pas particulièrement amateur de café). 
Dans l'après midi, j'ai rencontré Jacqueline, une sino-péruvienne qui étudie à l'université de Bonn (Allemagne). Elle fait une enquête auprès des paysans de la vallée, si je me rappelle bien pour voir quelle est leur intérêt entre la culture du café et celle de la coca, et sûrement d'autres choses qui pourront se révéler intéressantes pour moi dans l'optique de mon rapport. Elle est en effet aidée de plusieurs personnes qui parlent Espagnol et surtout Amaraya. J'ai déjà essayé de parler avec les paysans, impossible de comprendre et de me faire comprendre!
Mercredi, Luis m'emmène cette fois dans la forêt, sur les parcelles de Cecovasa à environ une heure de voiture plus en aval. Quand on trouve une voiture! Il nous faut attendre une heure pour nous entasser à 11 dans un pick up (il est vrai, avec 3 enfants en bas âge). On nous dépose à Chocal où c'est jour de fête et de noce. On continue tous les deux à pieds, une heure de marche sous la chaleur des tropiques. Le sous bois est frais et agréable, malheureusement les champs sont peu ombragés. Cecovasa essaye de diversifier les productions, notamment via la canne à sucre et le cacao, et en cultive un peu sur sa parcelle, mais d'après ce que je comprends l'activité a du mal à prendre. Le café est bien implanté dans les moeurs, et à mon avis, plus compétitif.
À la maison au milieu des champs, l'ouvrier agricole nous prépare du jus de canne, de la canne broyée à la machine. Le jus est bon, pas trop sucré, mais le broyage lui donne un goût d'herbe plutôt désagréable et écoeurant.
Au retour, nous mangeons à Chocal car il n'y a de nouveau pas de voiture. Le village est moins peuplé et moins beau que Putina. Les gens sont ivres morts et déambulent dans les rues. Je n'aime pas cet endroit. À peine le repas fini on saute sur le toit d'un combi pour rentrer. Difficile de se tenir, surtout l'appareil photo à la main pour filmer, mais bon je suis encore là pour vous raconter les pistes à flanc (très abrupts) de montagne, la pente, les arbres et la rivière couleur saphir au fond. Faudra que je mette tout sur bouture dès que j'ai un accès internet digne de se nom. Je mettrais les liens sur le blog.
Jeudi, j'ai enfin la chiasse, après une semaine au Pérou. Hé hé. Ça doit être Chocal... le resto m'inspirait pas confiance. De toute façon ça ne m'empêche pas de jouer au foot le soir venu! Ce que je ne savais pas, c'est qu'ils jouent la partie 1 sol (25 cents). Ça va pas me ruiner, mais vu que je ne gagne jamais, je vais éviter de jouer mon argent comme ça! Pour cette fois ci, je ne paye pas, j'avais pris la place de quelqu'un.
J'ai enfin acheté ce qu'il me manquait, papier toilette, savon, javel. Je fais le ménage dans la chambre et la salle de bain. Moi qui ne rêvais que de l'odeur de propre et de javel depuis mon arrivée! Ça dure une demi journée, le temps que l'eau sèche sur le sol. La serpillière ne fait qu'étaler la poussière, il reste toujours des traces, impossible de s'en débarrasser. L'impression de propre ne dure pas longtemps, malheureusement.
Vendredi, il pleut. Ce n'est pas la saison, mais personne ne semble très surpris. De toute façon c'est une espèce de bruine très fine qui ne mouille même pas le sol, au début. Finalement il pleut plus fort dans l'après midi, et les rues sont boueuses. Tout comme ma chambre! L'après midi laisse un répit pour une partie de foot avec les techniciens. Ils étaient tous réunis pour un cours de Luis sur le café, les étapes de préparation avant la dégustation et la qualité du gout.
Il pleut encore samedi. Une hollandaise est venue pour rencontrer des producteurs et avoir leur avis sur un livret qu'un de ses amis édite sur le commerce du café et qu'il veut proposer aussi en Afrique. Nous passons la journée ensemble; de l'espagnol je passe à l'anglais; demain ça sera français avec Julie. Je suis content qu'elle vienne, je range soigneusement ma chambre comme on prépare un grand évènement.
Deux bus arrivent, j'attends devant le cortège des passagers qui descendent, prennent leurs sacs en essayant de ne pas glisser dans la boue. Personne pour moi. De guerre lasse j'attends depuis Cecovasa et j'entame un livre, les pieds sur la rambarde. J'ai l'oreille à l'affût au cas ou un autre bus arriverait mais je n'entends rien. Et puis tout d'un coup la voila, mine de rien, le sac au dos, entrain de monter l'escalier avec un grand sourire. Le bus était bloqué un peu avant le village alors elle a fini à pied, guidé par quelqu'un de Cecovasa (apparemment il y en a toujours en vadrouille entre Putina et Juliaca!).
Il n'y a pas d'eau pour qu'elle puisse prendre une douche bien légitime. On discute une petite heure avant de s'endormir. Je suis heureux de la voir, ça fait du bien de partager tout ce que je vis avec quelqu'un. En plus elle m'a amené du chocolat! Il n'y en a pas ici!